Scolarité obligatoire à 3 ans : et puis ?

mercredi 28 mars 2018
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Le président de la République a ouvert les Assises de la maternelle en annonçant la scolarisation obligatoire dès 3 ans, indiquant vouloir réduire par cette mesure les inégalités sociales. Le SNUipp-FSU partage l’ambition de réussite de tous les élèves mais le sens de cette annonce interroge.

L’école maternelle, aujourd’hui non obligatoire, est pourtant fréquentée par la quasi-totalité des enfants de 3 ans. Les enquêtes auprès des familles montrent leur attachement à cette école première dans la réussite du parcours de leurs enfants.

Cette annonce ne dit rien en revanche sur la question incontournable de la qualité de cette scolarisation. Les dernières comparaisons internationales montrent en effet un retard de la France en termes de conditions d’accueil, de taux d’encadrement et de formation des personnels. Qu’en sera-t-il des moyens nécessaires à cette scolarisation dans les départements d’Outre-Mer où le taux atteint péniblement les 70% comme à Mayotte ou en Guyane ?

Faut-il voir par ailleurs dans cette annonce une remise en cause de l’accueil des moins de 3 ans et des dispositifs créés sous le quinquennat précédent ? S’inspirant des classes passerelles, cette scolarisation précoce permet pourtant aux élèves les plus fragiles de développer les compétences langagières et sociales, de renforcer les liens entre l’école et les familles et contribue à réduire les inégalités.

L’obligation scolaire à 3 ans devrait étendre de fait la réglementation en termes de financement. Quelles modalités sont envisagées par le gouvernement pour éviter que l’extension générale aux écoles privées n’exacerbe la concurrence scolaire au risque d’entraîner de fait une baisse des financements pour l’école publique.

Pour le SNUipp-FSU, l’école maternelle doit conserver une feuille de route ambitieuse. Cela passe par une amélioration des conditions d’accueil (espaces adaptés, mobilier…) et d’apprentissage avec notamment une diminution des effectifs par classe, de la formation pour les enseignantes et les enseignants dans le cadre des programmes de 2015. Cela nécessite également de développer la relation aux familles et de favoriser la collaboration avec les ATSEM dans le cadre la redéfinition de leur métier.

Rendre la maternelle obligatoire sans investir pour une meilleure qualité de scolarisation ne reviendrait qu’à entériner la situation actuelle avec ses réussites mais aussi ses faiblesses.

La lettre ouverte de 10 organisations au ministre de l’Education Nationale à l’initiative du SNUipp-FSU

Paris le 24 mars 2018

à M. Jean-Michel BLANQUER
ministre de l’Éducation nationale

Monsieur le ministre de l’Éducation,

Des assises de l’école maternelle sont organisées. Sans doute s’agit-il de faire un état des lieux de l’existant et présenter les leviers d’amélioration. C’est pourquoi, nous, représentants des personnels, de parents et d’associations qui constituons la communauté éducative, devons participer à la réflexion. Nous avons une analyse et un projet pour l’école maternelle qui repose sur les réalités de terrain. L’école n’est pas un sujet qui doit être traité dans l’entre soi mais qui doit prendre en compte les approches plurielles et être mis en débat avec celles et ceux qui la font vivre. Pour nous l’école maternelle, est une école à part entière, école première où l’on apprend ensemble !

L’école maternelle doit être une école bienveillante et exigeante. Souvent lieu de la première socialisation hors de la famille et lieu de la première rencontre des familles avec l’institution scolaire, elle est avant tout un milieu où l’on grandit en apprenant avec les autres... Les apprentissages y sont multiples et complexes, permettant le développement de chaque enfant. Les enseignantes et enseignants, les ATSEM, les AESH et l’ensemble des interventions des personnels qualifiés et experts prennent en compte les multiples dimensions du développement de l’enfant et mettent en place des modalités spécifiques d’apprentissage. Les enseignants s’assurent de la construction des savoirs par une évaluation des acquisitions fondée sur une observation continue et attentive des réussites et des progrès de chaque élève. Le langage, dont la place essentielle a été réaffirmée dans le programme de 2015, est à la fois le produit et la source de ces apprentissages. C’est bien à l’école maternelle que les élèves sont amenés à construire un nouveau rapport au langage, pour communiquer mais aussi parler et penser le monde.

Les parents ne s’y trompent pas, ils manifestent à l’école maternelle soutien et confiance et y scolarisent massivement leurs enfants. Entre la crèche et l’école élémentaire, l’école maternelle doit prendre toute sa place et défendre sa spécificité. Pour cela elle doit offrir un cadre sécurisant à tous les enfants, leur renvoyer un regard positif, créer les conditions d’une égalité d’accès au savoir, permettre l’activité intellectuelle grâce à l’action et au langage pour élaborer leur pensée.

Le rôle de l’école maternelle est fondamental pour garantir la réussite de tous les élèves.

Tout au long du cycle 1 se construisent des savoir être et savoir-faire essentiels pour un développement harmonieux de chaque enfant et de ses capacités à entrer dans les apprentissages de l’école maternelle et de la suite de leur scolarité. L’école s’appuie sur le principe fondamental que tous les enfants sont capables d’apprendre et de progresser.

Des recherches nationales montrent la corrélation entre scolarisation précoce et réussite future. La scolarisation à 2 ans est un facteur de réussite notamment pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire. Mais cela suppose des adaptations matérielles et temporelles, des moyens et une pédagogie prenant en compte les besoins et le développement des très jeunes enfants. Les conditions d’accueil doivent donc répondre à ces exigences.

Gratuite, l’école maternelle bien que non obligatoire, exige une feuille de route ambitieuse. Elle a aussi besoin de stabilité pour confirmer son rôle essentiel dans la réussite de toutes et tous. Cela nécessite un investissement de l’état et des collectivités locales.

C’est en agissant sur les effectifs par classe, la formation de tous les personnels, l’aménagement des espaces et du temps, le maintien de contenus d’apprentissages exigeants dans tous les domaines, le développement de la relation aux familles, la présence effective des réseaux d’aide (RASED), la complémentarité des personnels que nous ferons grandir encore l’école maternelle.

C’est cette ambition partagée que nous souhaitons porter dans le cadre des assises de la maternelle.

Regis Metzger, Arnaud Malaisé, Francette Popineau, secrétaires généraux du SNUipp-FSU
Isabelle Racoffier, présidente de l’AGEEM
Roseline Prieur-Ndiaye, présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques
Liliana Moyano, présidente de la FCPE
Isabelle Lardon, secrétaire du GFEN et Jacques Bernardin, président du GFEN
Agnès Joyeux, membre du CA collégial de l’ICEM-pédagogie Freinet
Claire Le Calonnec, secrétaire générale d’Interco-CFDT
Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa
Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT
Didier Bourgoin, secrétaire général du Snuter-FSU


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