Retourner à l’école maternelle le 12 ? Pour nous c’est non !

mardi 5 mai 2020
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L’annonce est tombée ce mardi 28 avril : le dé-confinement aura bel et bien lieu et les écoles ré-ouvriront.

Jusqu’au dernier moment nous avons espéré que le gouvernement tiendrait compte des préconisations du comité scientifique et qu’il renoncerait. En vain. Garder les enfants des salarié-es est devenu son seul objectif quitte à mettre en danger les enfants (qui ne seraient plus porteurs de quoi que ce soit), leurs familles et les salarié-es des écoles enseignant-es et ATSEM. 

Le protocole de 60 pages avec son lot de préconisations et recommandations anxiogènes est arrivé avec 3 jours de retard. Les courriers municipaux souvent laconiques, et assez peu rassurants, circulent.

Cette somme d’informations provoque beaucoup d’angoisse parmi nous.
Un espèce de chantage affectif agit sur nous et notre culpabilité. Qui reprend ? Qui est fragile ? Qui a des plus fragiles chez lui ? Qui a peur ? Qui a peur mais culpabilise de laisser ses collègues, sa directrice, son directeur, y aller ? Présentiel ? Distanciel ? Un mélange des deux ? ASA ? Arrêt de travail ? .... Chacun-e doit se prononcer et décider.
Ici et là, d’une circonscription à l’autre, des écarts car pas de cadre clair, objectif. "Faites au mieux" nous répond-on dans le meilleur des cas ou "remplissez des tableaux et signalez-nous"... Parfois cela commence à faire voler en éclat les belles solidarités dans les écoles où nous nous sommes improvisé-es dans la "continuité scolaire", gardant le lien avec nos élèves et leur famille, redoublant d’ingéniosité et d’inventivité.
Nombre d’entre nous a également œuvré à cette autre nécessité qu’est de manger à sa faim tout simplement en nous substituant aux pouvoirs publics défaillants, en agissant dans des collectifs, ouvrant parfois des cagnottes en urgence....

Cette école du 11 mai ne sera pas l’Ecole et l’école maternelle du dé-confinement ne sera pas l’école maternelle. Sa spécificité renforce l’aberration du système et y démultiplie les problèmes.. Elle lui donnerait presque des airs "ubuesques" si nous avions le cœur d’en rire.

Nous enseignant-es de maternelle et syndiqué-es nous sommes posé les mêmes questions que vous tous-tes. Comment faire ? Est-ce sérieux ? Raisonnable ? Réalisable ?
Un inventaire rationnel quasi à la Prévert nous a semblé impossible, chaque école, configuration des locaux, commune, équipe produira une situation et des problèmes différents et singuliers. Chaque journée apportera son lot de difficultés et inquiétudes. Comme un effet boule de neige, des situations simples et complexes liées à l’exercice de notre métier d’enseignant-es de maternelle vont se poser, s’enchaîner.
Cela commencera le 12 au matin devant la porte de l’école avec des adultes qui auront dû laisser leur peur chez eux et faire tout leur possible pour rassurer petit-es et grand-es, eux même dévasté-es par cette peur et l’obligation de retourner au travail au risque peut-être de perdre leur emploi.

Cette arrivée du matin se fera sans prise de température puisque interdite désormais et de toute façon impossible car les pharmacies n’ont plus de thermomètre en rayon depuis longtemps...(thermomètres aux prix prohibitifs que nous achetons depuis toujours sur nos coops d’école)
Qui sera à la porte ? Combien d’adultes avec le directeur-rice ? Notre journée s’annonce compliquée...
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8h20 : arrivée du premier groupe d’élèves de grande section accueilli. Du fait des mesures sanitaires et de distanciation sociale, le protocole sanitaire et la note de cadrage du DASEN en date du 30 avril autorisent l’allongement des horaires d’ouverture aux entrées et sorties. Les prochains groupes arriveront de façon échelonnée jusqu’à 9h00 si nécessaire. Étalement de l’accueil de 8h20 à 9h et donc de 11h à 11h30 puis de 13h20 à 14h et encore de 16h à 16h30. On calcule ? 2 h de stationnement devant la porte de l’école...N’oublions pas non plus le temps méridien éventuellement étalé entre 11h et 14h...
Première "vérification" de l’état des élèves : demander au parent (un-e seul-e, hein, distanciation sociale oblige) si l’enfant va bien, n’a pas de fièvre. On fait confiance ou se fait confiance. Pleurs de l’enfant après tant de temps à la maison ? Séparation difficile : on fait quoi ? Comment ?
Commence alors l’escorte de l’enfant jusqu’au point où il déposera son sac à dos et son repas selon la commune où il vit (à l’écart des sacs des autres, évidemment) puis jusqu’aux sanitaires. Une véritable chaîne humaine sera alors nécessaire pour éviter que l’enfant de 5 ans ne touche, ne s’écarte du trajet prévu pour aller rejoindre sa classe, alors qu’il retrouve son école après 8 semaines de confinement.
Une fois dans les sanitaires, présentation à l’enfant de "son" robinet pour la journée. Afin de limiter la propagation du virus, on essaiera d’attribuer un robinet à un enfant ou au moins à un petit groupe fixe d’enfants. Idem pour les toilettes, limitation de la propagation oblige. Nos sanitaires ressembleront à un tableau de présence avec des étiquettes-prénoms accrochées partout... au moins un aspect pédagogique dans la gestion de cette crise : la reconnaissance de prénom sera au cœur des apprentissages. N’hésitez pas à varier les graphies ! L’élève aux mains propres pourra alors rejoindre sa classe, ou en tout cas la classe où il sera accueilli, peut-être pas par son enseignant-e d’ailleurs selon le nombre de groupes à accueillir.
Une fois en classe, on lui présentera son "espace de travail" : une table ou un groupe de table avec du matériel qui lui sera dédié pour la journée. Pas d’exploration possible de la classe comme lors d’un accueil classique du matin, pas de coins jeux accessibles à tous, pas de cuisine, pas de petites voitures et d’animaux appelant à jouer avec les copains. On apprend la distanciation sociale, plus le vivre ensemble. Sur sa table, il trouvera un pot de crayons qui sera à lui pour la journée ou les deux jours à venir, selon l’organisation de l’accueil bricolée par son école, des feuilles ou un cahier de dessin, du matériel photocopié certainement parce que la journée va être longue, du matériel et des jeux désinfectés et désinfectables. Il y aura peut-être même une nouvelle étiquette-prénom sur son pot à crayons pour qu’il le retrouve une prochaine fois et éviter encore une fois le moindre risque de propagation.

Il est déjà 9h30 et c’est l’heure de la récréation pour le premier groupe arrivé sur l’école. Les récréations se déroulent par groupes fixes, pas de mélange. On circonscrit les foyers de contamination. Avant évidemment, il y a eu un passage aux toilettes étiquetés et un lavage de mains aux robinets attitrés. Coup de bol, le dernier groupe d’élèves arrivés avait fini son passage aux sanitaires... Il est long de bien faire les choses en maternelle !
Dans la cour, pas de jeux ensemble, pas de loup, pas de chat ! Les structures de jeux de cour et les toboggans sont interdits par un marquage au scotch ou à la rubalise, les bancs également. Dans le meilleur des cas, il y aura un vélo ou une trottinette pour chacun pour la journée (avec une étiquette-prénom, en cursive peut-être cette fois). Sinon on pourrait proposer un cerceau par enfant, pas pour jouer bien sûr, ils risqueraient de ramasser le cerceau du copain ou de le toucher pour le faire rouler. Un cerceau pour délimiter leur zone d’évolution...
Puis il faudra rentrer, aller se laver les mains pour le groupe suivant puisse sortir aussi, après passage aux sanitaires réglementaire. Rentrer dans la classe, retourner à son "espace de travail" et y rester jusqu’à l’heure du repas. Repas que l’on prendra sûrement aussi à son "espace de travail", qui deviendra alors son "espace de restauration".
Après une pause méridienne incertaine, l’après-midi sera sûrement tout aussi joyeuse pour des enfants de 5 ans.
Des enfants de 5 ans. Et qu’en sera-t-il pour ceux de 4 et 3 ans qui rentreront dans quinze jours ?

Cette école qui ne sera pas l’école ne pourra pas être malgré nos efforts, notre sincérité, notre professionnalisme un lieu où nous garantirons la sécurité sanitaire pour chacun d’entre-nous, petits et grands.
Nos parents d’élèves avec lesquels nous avons tissé pas à pas des rapports de confiance attendent de nous que nous soyons totalement prêt-es, ce qui est à la fois normal et impossible.
Ceux qui étaient pour la réouverture, "pour le bien de leurs élèves", se rendent compte que les élèves décrocheurs ne sont pas forcément ceux qui viendront et que le protocole d’accueil ne permettra pas aux élèves de retrouver un cadre sécurisant vu la note de cadrage et l’orientation du protocole national que nous attendons encore. La sérénité ne sera pas de mise pour des élèves encore jeunes et fragiles, et nous serons dans bien des situations à deux doigts de la maltraitance psychologique.
Notre pédagogie est clairement au placard. L’heure est à la garderie n’en déplaise à notre administration qui n’a pas perdu de temps pour nous rappeler aux résultats d’après les différents retours que nous avons des circonscriptions. Une garderie qui devra être faite avec une savante dose d’optimisme....

Dans notre département, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, des territoires ruraux en passant par les villes grandes et petites, chaque Maire décide. Cette territorialisation de l’école n’augure rien de bon et désempare un peu plus encore. A Marseille les difficultés et l’incurie municipale, révélées si besoin l’était encore depuis le début du confinement, n’annonce rien de bon et de sérieux.

Le bon sens et la santé de tous devraient primer. En maternelle c’est mission impossible ! L’annonce de l’ouverture des maternelles montre bien que ceux qui nous gouvernent, détricotent les programmes, évaluent à tour de bras, cassent le travail d’équipe, suppriment les RASED,.. et ne connaissent pas notre métier.
L’école de la confiance chère à Blanquer laisse place à celle de la méfiance, du mensonge d’état. Plus personne ne croit le gouvernement.
Les salarié-es elles/eux-mêmes devront décider d’aller au travail ou de le perdre. De mettre leur enfant à l’école malgré leur peur. Notre profession se pose les mêmes questions pour ses propres enfants.

Réunissons les équipes, les conseils des maîtres, d’école, afin de décider du report de cette ré-ouverture que nous jugeons précipitée et prématurée. Il nous faut le dire dès maintenant et le faire remonter sous forme de courriers ou de motions à notre hiérarchie et nos maires.

Saisissons nous du tableau de contrôle pour montrer que ce n’est pas réalisable, utilisons si besoin notre droit de retrait ou d’alerte. Le SNUipp-FSU 13 vous donne des outils pour vous accompagner dans vos décisions.

L’Italie, l’Espagne et le Portugal ont annoncé le report de la rentrée des classes en septembre.
Préparons ce retour tous-tes ensemble. L’école reprendra là où elle s’est arrêtée. Ce retour doit être planifié et construit collectivement. L’école c’est nous qui la faisons, nous avons notre mot à dire !


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