Le choix d’école du Ministre de l’éducation nationale

dimanche 27 mai 2018
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« L’école de la confiance ça signifie beaucoup de choses ça signifie tout d’abord la confiance du ministre dans les acteurs du système et évidemment particulièrement aux professeurs de France ». Quelques mois plus tard les faits viennent, c’est le moins qu’on puisse dire, quelque peu nuancer la déclaration du ministre de l’Éducation nationale lors de sa conférence de presse de rentrée. Florilège

Mise en œuvre des APC
Alors que le contenu des activités pédagogiques complémentaires est discuté, notamment à travers la réappropriation de ce temps au profit de toute l’école, leur cadre laissait jusqu’alors la main aux équipes pédagogiques sur leur contenu et leur conduite. Un courrier du directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) adressé aux recteurs et IEN demande dorénavant que « ces heures soient entièrement consacrées à soutenir les apprentissages fondamentaux des élèves, notamment les plus fragiles ». Des heures de soutien donc qui laissent de côté les multiples actions en lien avec les projets d’école mises en place et qui concernaient parfois l’ensemble des élèves. Une heure qui devra dorénavant être « dédiée à la mise en œuvre d’activités relatives à la maîtrise du langage et à la lecture » et dont le ministère va même jusqu’à décider de l’organisation pédagogique puisqu’il s’agira de les conduire « sous forme d’ateliers ou de club lecture ». Nul doute qu’il y a là des pistes intéressantes. Mais qui peut penser que les enseignants ont attendu la lettre de la Dgesco pour « développer chez les élèves le goût de lire et encourager leurs capacités de lecture à voix haute » ? Un signe manifeste de la confiance faite aux enseignants par le ministère…

Animations pédagogiques
Elles seraient donc l’alpha et l’oméga de la formation continue des enseignants ? L’exigence du métier ne peut se satisfaire de 18 heures d’animations pédagogiques ; là aussi la rue de Grenelle fait dans la « confiance ». Exit la possibilité de construction de ses contenus et du choix des équipes et des enseignants car l’année prochaine ce sera français et mathématiques ou mathématiques et français, l’ordre n’ayant pas encore été décidé par le Ministre.

Lire aussi : Animations pédagogiques : mise au pas de la rue de Grenelle

Quatre notes de service un guide CP pour cadrer les pratiques des enseignants
Quatre notes de service parues au B.O., un guide, "Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP ", publiés le 26 avril sont venues, cerise sur le gâteau, finaliser le tableau d’une bien curieuse « école de la confiance ».
Alors que les enseignants des écoles primaires travaillent depuis deux ans pour l’élémentaire, trois ans pour la maternelle, à la mise en œuvre des nouveaux programmes, ces documents viennent donner des directives parfois en contradiction avec ces textes de référence. Elles font surtout appel à des recettes magiques destinées à encenser auprès de l’opinion publique une école d’antan aux effets miraculeux.

Lire le communiqué du SNUipp-FSU sur le guide lecture CP

Lire aussi le communiqué du SNUipp-FSU sur les notes de service.

Animations pédagogiques : le manifeste

Le SNUipp-FSU, le Se-Unsa, le Sgen-CFDT et l’ANCP&AF demandent ensemble que les 18 heures d’animations pédagogiques correspondent aux besoins du terrain.
Début avril, le ministère donnait consigne aux recteurs d’organiser les 18 heures d’animation pédagogique autour de deux objets uniques : « enseignement et apprentissage de la lecture et de l’écriture » et « enseignement et apprentissage des mathématiques ». Une instructionqui, pour le SNUipp-FSU, signait « une ambition au petit pied, qui consiste à sortir de vieilles recettes qui ne répondent pas aux difficultés bien actuelle de l’école. »
Aujourd’hui, c’est l’Association nationale des conseillers pédagogiques et autres formateurs (ANCP&AF), le Se-Unsa, le Sgen-CFDT et le SNUipp qui dans un manifeste, demandent ensemble que les contenus de la formation des enseignants des écoles ne soient pas réduits à ces seuls sujets et respectent les besoins du terrain.

Des contenus de qualité
Pour les quatre organisations, les conseillers pédagogiques, les formateurs « sont très attachés à ce que les professeurs des écoles bénéficient d’une formation de qualité qui leur permette d’amener tous les élèves à devenir des citoyens responsables et naturellement à maîtriser la langue et les mathématiques, mais ces recommandations faites aux recteurs vont à l’encontre de toute formation de qualité. »
Pour elles, une formation de qualité ne peut faire l’impasse sur la prise en compte des besoins identifiés par les équipes, redonner toute leur place aux projets d’école, susciter la confiance des personnels et couvrir tous les domaines du socle commun.

Des formateurs reconnus
Le texte dénonce également les conséquences désastreuses des recommandations ministérielles qui entrainent déjà la suppression de postes de conseillers pédagogiques spécialisés et la transformation par exemple de postes de formateurs TICE en formateurs mathématiques. Il prévient que « les formateurs ne sont pas des variables d’ajustement », qu’ils doivent « avoir le temps d’exercer ce pourquoi ils sont destinés », sans que leurs fonctions « soient détournées de leur objectif alors qu’ils sont aujourd’hui plus souvent occupés à des tâches administratives, des tâches de secrétariat, qu’à la formation. »

Les trois organisations syndicales et l’ANCP&AF « demandent donc fermement que les contenus de la formation ne soient pas restrictifs mais respectueux des besoins du terrain (…) qu’aucun poste de formateur ne manque ou soit détourné pour la rentrée 2018 et réaffirment la nécessaire réflexion sur les conditions et les formes de la formation. »

Et : le ministre fait la leçon aux enseignants

Le concept « d’école de la confiance » développé par le ministre est longtemps resté impénétrable. Aujourd’hui, on réalise qu’il fallait comprendre « faites ce qu’on vous dit », mais toujours avec les moyens du bord. En lieu et place d’injonctions inefficaces, le ministère serait bien inspiré de s’appuyer sur l’expertise des enseignants et leur donner les moyens de la renforcer.

Gageons que les enseignants sauront, eux, mettre en place auprès des élèves et de leurs familles une autre définition de l’école de la confiance.

Tribune de la FSU parue dans Médiapart

Le choix d’école du Ministre de l’éducation nationale

A l’heure où le gouvernement réforme tous azimuts le système scolaire français, Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération Syndicale Unitaire tient à donner les grandes lignes et les principes qui devraient nous guider dans ces réformes.

Annonces, réformes, mesures déferlent sur l’Éducation : Parcoursup, baccalauréat, orientation, lycée, formation professionnelle, retour aux fondamentaux au primaire, instrumentalisation de certaines sciences pour asseoir des préconisations pédagogiques parfois contraires aux programmes, injonctions, complaisance pour l’école privée, promotion de l’apprentissage pré-bac aux dépens des lycées professionnels… Leur justification serait la nécessité d’améliorer et de moderniser le service public d’éducation, ce qui est un souci permanent de celles et ceux qui le font vivre. En réalité, cela cache mal une remise en en cause des valeurs les plus fondamentales de l’École publique.

Tout d’abord celle de l’égalité. Tout en prétendant viser la réussite de l’ensemble des jeunes, les choix faits consistent à augmenter les outils de sélection, réduire les moyens d’enseignement, dénaturer le caractère national du bac, lier la formation professionnelle aux seuls besoins des entreprises ou limiter l’ambition à la maîtrise des fondamentaux pour une part des élèves… Ils renforcent les inégalités scolaires en maintenant le poids des déterminismes sociaux. Ils limitent l’ambition des parcours scolaires et traduisent un renoncement à une élévation générale du niveau de connaissances et de qualifications. Ils négligent la construction d’une culture commune indispensable à l’émancipation et à l’exercice d’une citoyenneté éclairée. Les dispositifs ciblés en faveur d’un petit nombre d’élèves, issus des milieux populaires, reviennent à abandonner des mesures pour le plus grand nombre qui permettraient de mieux lutter pour l’égalité. De même, l’abaissement de la scolarité obligatoire à trois ans n’entérine que l’existant sans poser la question de l’amélioration des conditions de scolarisation, tout comme le dispositif « parcours sup » ne pose pas celle de la démocratisation de l’enseignement supérieur.

Ensuite celle de la fraternité. L’épanouissement individuel, l’individualisation des parcours, le bien-être de chacun ne peuvent suffire à constituer les finalités de notre système éducatif. Pour contribuer à une société plus juste, plus solidaire, plus fraternelle, l’École doit rester le lieu d’une émancipation collective où la réussite individuelle ne peut se faire aux dépens des enjeux de la culture commune, de la citoyenneté, d’élévation générale des savoirs et qualifications, et rompre avec la sélection et la compétition. Elle doit être un lieu d’accueil, d’ouverture sur le monde et d’apprentissage de la vie en société.

Ensuite encore celle de la liberté. Liberté pour les jeunes de construire leur avenir et de faire des choix débarrassés des déterminismes de toute sorte, à l’inverse du risque d’enfermement et de soumission au court terme que contiennent par exemple les mesures actuelles sur l’orientation.

Liberté pour les personnels d’exercer leurs métiers en toute responsabilité. Tout en proclamant une école de la confiance, le Ministre pèse sur les choix pédagogiques et éducatifs des enseignants et de l’ensemble des personnels par la prescription injonctive. Au prétexte d’une vérité scientifique qui, en réalité, relève de choix particuliers, il renonce au pluralisme de la recherche et contrevient au principe d’une liberté pédagogique qui devrait pouvoir s’exercer dans la seule limite des programmes et des projets d’écoles et d’établissements. Notre démocratie a patiemment construit l’équilibre qui inscrit les finalités du projet scolaire dans la loi mais fonde les organisations pédagogiques et didactiques sur la compétence professionnelle. Décider arbitrairement de la remise en cause de cet équilibre en niant l’expertise professionnelle ne sera pas sans conséquence sur la qualité de l’école. Notre système éducatif, au contraire, aurait besoin pour progresser que soient favorisées l’initiative et la formation initiale et continue des enseignants et des équipes.

Enfin, celle de l’affirmation du service public comme étant le bien commun seul à même de répondre aux ambitions démocratiques de l’école. Car garantir un service public d’éducation est un devoir de l’État fixé par la Constitution. Or certaines réorganisations font et feront la part belle aux initiatives privées dont la finalité économique et sociale est loin de servir l’intérêt général. La multiplication des discours institutionnels favorables aux projets privés est un choix idéologique, exercé aux mépris de l’analyse objective et des valeurs de laïcité indispensables à notre société. Seul le service public peut garantir l’intérêt général. Remettre en cause ce principe constitue un risque majeur.

L’Éducation est un enjeu fort pour l’avenir de notre société. Cela implique une politique déterminée sur des objectifs de réussite pour tous les élèves et un investissement en conséquence pour l’école et l’avenir de la jeunesse.

Bernadette GROISON , secrétaire générale de la Fédération Syndicale Unitaire


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