L’ECOLE EN « NECESSITE DE SERVICE » VOLONTAIRE

mardi 22 septembre 2020
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  • Un coordonnateur REP+ est appelé à faire fonction de directeur. Un directeur est enjoint à prendre sa classe plutôt que d’user de son jour de décharge. Une brigade REP+ est appelée à faire un remplacement à l’autre bout du département. Pas en REP+.
  • Une brigade est appelée un dimanche pour un remplacement le lundi. Des enseignant.es attendent devant leur classe un lundi matin leur brigade REP+ qui ne viendra pas. Elle est à l’autre bout du département.
  • Un enseignant doit choisir s’il prend ses élèves et renonce à sa formation REP+ ou s’il maintient sa formation. Dans ce cas, ses élèves n’auront pas classe.
  • Une maîtresse E, jeune de préférence, est enjointe à prendre une classe. Une semaine, ce ne sera pas long. Tant pis pour les élèves qu’elle suit habituellement !!
  • Dans une école, 5 brigades remplacent 13 enseignant.es. Dans cette autre, une enseignante n’est pas remplacée….

Et puisqu’à mesure que l’épidémie prend de l’ampleur, le gouvernement abaisse les précautions sanitaires à l’école (qui est encore déclaré « cas contact » ce jour ?), on est au moins en mesure de constater que si des élèves n’ont plus classe, ce n’est désormais plus, comme en mars dernier du fait d’une protection sanitaire collective (confinement) mais bien en raison du manque de moyens. Manque de moyens qui en plus d’ôter l’École à des élèves ou l’aide spécialisée indispensable à leur scolarité précipite la dérégulation de nos métiers et de nos fonctions. Les « nécessités de services » sont devenues le bras armé d’une politique qui pourrait faire de nous les pions étourdis d’une institution exsangue. Mais il faut bien comprendre qu’elles n’ont de nécessité que le nom car elles ne sont en fait que le triste visage des politiques publiques d’austérité menées depuis tant d’années.

Les moyens manquent depuis longtemps. Et depuis longtemps nous le disons. Et il faut bien l’admettre. Nos gouvernants le savent.

Eux qui en conscience ont décidé de ne faire aucun effort budgétaire pour recruter des personnels statutaires à l’orée d’une seconde vague épidémique prévisible. Il faut dès lors comprendre qu’austérité budgétaire et dérégulation sont les deux faces d’une même médaille. Mieux que ça même, la contraction des moyens humains est la condition de cette déréglementation.

Ainsi le manque de moyens participe d’une évolution du métier qui nous contraint à nous adapter à ces carences : augmentations des effectifs par classes, suppression progressive des spécificités des brigades, disparition des ZIL, disparition des RASED … L’Éducation mise en place est fonction des moyens que l’on décide d’y mettre et non plus fonction des nécessités pour les élèves.

L’enjeu désormais pour nous est donc bien de pouvoir résister à celle-ci et d’ouvrir l’alternative des possibles. Oui, à l’heure où des plans de 100 milliards existent : recruter sur statut les personnels dont l’École a besoin est possible. Et c’est un chemin qu’il nous faut tracer collectivement pour qu’il aboutisse.