Le SNUipp-FSU 13 interviewe Sylvain Connac

mardi 26 avril 2022
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A l’occasion du stage "Individualisation des apprentissages" qui s’est tenu le 10 mars dernier et qui a réuni plus d’une centaine de collègues, le SNUipp-FSU 13 lui a posé quatre questions.

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1 ) La crise du covid a exacerbé et mis en lumière la grande hétérogénéité de nos classes. A votre avis quels seraient les leviers pédagogiques les plus à même de faire progresser tous les élèves ?

Sylvain Connac  : D’abord, chercher à ne décourager aucun élève. En refusant par exemple d’utiliser des modes d’évaluation qui enseignent aux jeunes le renoncement et la perte de confiance en soi. Cela passe à mon sens par des pratiques d’évaluation éducative, donnant la possibilité aux élèves qui ont raté une évaluation de reprendre leurs entrainements pour pouvoir passer plus tard une évaluation similaire. Cela accorderait à chacun la chance de progresser, avec des réussites possibles pas uniquement au moment décidé par les adultes. Ensuite, construire des dispositifs pédagogiques en mesure de considérer les différences entre les élèves comme une richesse pour le groupe. Cela se traduit dans ce que j’ai la chance d’observer, par des organisations coopératives du travail des élèves : elles permettent des relations horizontales lors des temps collectifs (par exemple avec du travail en groupe) et des relations d’aide ou d’entraide lorsque des élèves se trouvent face à des difficultés ou en manque de motivation pour travailler seuls. Par exemple, avec du tutorat, les élèves disposent de cinq modalités pour essayer d’apprendre : seuls, avec d’autres, en demandant de l’aide, en donnant de l’aide ou avec l’enseignant en entretien individuel ou au sein d’un petit groupe.

2 ) En formation initiale, l’individualisation est souvent mise en avant pour lutter contre l’échec scolaire. Vous parlez de personnalisation des apprentissages, pourriez-vous étayer la/les différences entre individualisation et personnalisation ?

SC  : L’individualisation n’est pas du tout une personnalisation. L’individualisation, c’est la perte de l’école. Par exemple, les travaux de Guy Avanzini ont clairement montré qu’en forçant les élèves à travailler seuls, même autour de consignes théoriques adaptées, c’est très difficile de les voir tous progresser, principalement parce qu’ils sont seuls et que c’est contre-nature humaine que d’être privé de relations. Comme souvent, le public d’élèves qui pâtit le plus de ces pratiques est celui des jeunes issus des familles les plus pauvres, ce qui serait un scandale éducatif, l’école ayant pour vocation de s’adresser à tous, bien au-delà de la seule égalité des chances. Une pédagogie personnalisante prend en compte la singularité des élèves sans oublier deux éléments essentiels pour apprendre : les temps collectifs (où chacun peut être enrôlé dans des dynamiques communes) et les temps coopératifs offrant la possibilité d’apprendre avec, par et pour d’autres. Le mouvement Freinet a beaucoup travaillé ces pratiques, par exemple en introduisant des plans de travail (un outil favorisant l’individualisation), mais au sein d’une organisation coopérative du travail. Ainsi, les élèves peuvent apprendre lors des temps réunissant l’ensemble de la classe, mais aussi lors d’autres temps personnels, qu’ils choisissent de réaliser seuls ou avec des camarades.

3 ) Les études PISA montrent clairement que les écarts entre les élèves ne cessent de s’amplifier. Pensez-vous qu’il faudrait repenser l’école afin que celle-ci soit réellement démocratique ?

SC : C’est la fonction politique de l’école que d’essayer d’accorder à chaque enfant une égalité des places. Le but est qu’elle permette au nombre de jeunes le plus élevé possible d’obtenir un diplôme, un diplôme étant considéré ces derniers temps comme un véritable sésame pour l’accès à l’emploi et la réussite personnelle (une espérance du bonheur). Pour que l’école devienne effectivement démocratique, il est nécessaire qu’elle rompe avec les logiques d’élitisme. Nous n’avons plus besoin de fabriquer quelques champions au détriment de tous les autres. Nous ne pouvons plus assumer que l’école soit une machine à reproduire les privilèges sociaux, sans que les plus démunis s’en aperçoivent. Pour qu’une école devienne démocratique, il s’agit théoriquement de s’orienter vers des fonctionnements pédagogiques d’excellence. Concrètement, cela rejoint les organisations personnalisantes, qui, par la diversité des possibles qu’elles apportent aux élèves, sont en mesure de s’adresser à tous les profils et de prioriser les progrès individuels grâce à la richesse des différences.

4 ) D’après des enquêtes internationales et des recherches notamment en sociologie, il semblerait que notre système éducatif ne parviennent pas à dépasser les déterminismes sociaux. Dans un même temps, la compétition entre élèves et entre établissements serait la règle pour viser la réussite de tous et toutes. Pensez-vous que cette compétition soit source de réussite et d’émancipation ou qu’il existe d’autres leviers à même de faire progresser tous les élèves.

SC : La compétition entre les établissements est une gageure. Elle conduirait à valoriser les plus performants, souvent ceux qui peuvent se permettre d’accueillir les élèves les plus doués, bien évidemment celles et ceux issus des familles les mieux dotées. On sait ce que cela donne à travers les études de l’OCDE (entre autres), par exemple avec le système éducatif de la Suède, bien plus problématique que celui de la Finlande (pour ne citer que ces deux systèmes). Ce dont nous avons collectivement le plus besoin est une formation commune des enseignants, avec une priorité sur la prise en compte de la diversité des élèves. Cela implique que nous sortions de l’unique logique disciplinaire qui conduit à ne voir les élèves qu’à travers le seul prisme des didactiques. Il s’agit de préparer plus largement les enseignants aux problématiques pédagogiques, de gestion de l’hétérogénéité, de la motivation du travail des élèves, de la dynamique des groupes, de l’acte d’apprendre, de la citoyenneté par la mitoyenneté, de la responsabilisation des élèves plus que de leur seule autonomie et d’une éducation à l’acceptation de l’incertitude et à l’autorégulation des apprentissages. Avec des enseignants ainsi formés, nous n’aurons alors plus besoin de nous soucier des enquêtes internationales : nous deviendrons très rapidement les meilleurs du monde ;-)


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