Les constellations : un outil au service d’une école … « efficace »

mercredi 29 juin 2022
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Plusieurs collègues marseillais.es ont reçu la visite, le jeudi 16 juin, d’un IGEN au sujet de la
mise en place des « constellations ».
L’occasion pour le SNUipp- FSU 13 d’alerter la profession sur ce dispositif.

Tout d’abord, qu’il s’agisse de la quantité ou de la qualité, la formation continue des
enseignantes et enseignants reste en-deçà des attentes. Comparativement à leurs
homologues européens, les PE se montrent très critiques sur cette dernière comme a pu le montrer l’enquête internationale TALIS en 2018.

Par ailleurs, depuis le début de l’année, la participation aux « constellations » se fait à
marche forcée, sur fonds de gestion de l’épidémie. Elle s’effectue sans aucun investissement supplémentaire : sans remplacement disponible le plus souvent, le tout sur le temps des animations pédagogiques … avec des PEMF et CPC débordé.es ; même si ces dernier.es ont pu retrouver, quelque peu, ce lien entre théorie et pratique qui constitue le cœur de leur métier.

La mise en application sur le terrain détourne l’objectif initial de partir des besoins : en
obligeant, souvent, les PE de travailler à partir des évaluations nationales et en imposant les contenus de formation, via les guides fondés sur l’état de la recherche que nous avons très vite appelés au niveau syndical, « les guides de bonnes pratiques ».

Guides pouvant d’ailleurs être remis en question au niveau du contenu. Le guide orange sur la lecture au CP, par exemple, a servi de base de travail au lancement, depuis la rentrée scolaire 2020, d’une méthode de lecture ministérielle : la méthode de lecture « Lego, je décode ». Le SNUipp- FSU porte une analyse critique sur cette méthode qui n’est pas encore imposée mais qui pourrait l’être. Pour plus de détails, voir l’analyse du SNUipp- FSU

Ensuite, Claude Lelièvre, historien de l’éducation, nous explique que seul Guizot, sous
l’Ancien Régime, avait imposé des guides pédagogiques estampillés par le ministère dans toute l’histoire de l’école. D’ailleurs, quand Ferry et Buisson arrivent au pouvoir, ils s’opposent aux manuels officiels. Ils disent que ce sont aux maîtres.sses de choisir leur livre scolaire au nom de la liberté pédagogique.

D’autre part, l’analyse translationnelle dont nous fait part Stanislas Dehaene dans le JDD du 24 avril dernier, se fonde sur l’ »éducation aux données probantes ». Cette analyse est la transposition des méthodes utilisées en médecine à l’éducation. Les enseignant.es sont donc contraint.es de mettre en pratique des procédures élaborées par des scientifiques. Bernard Stiegler parle alors de prolétarisation du métier d’enseignant.es. Les professeurs doivent se mettre au service de procédures standardisées, au nom d’une supposée démocratisation de l’école. Les prescriptions via les guides de « bonnes pratiques » font partie intégrante de ces procédures. Selon Philippe Meirieu, le paradigme de l’école « efficace », c’est « d’avoir des enseignant.es moins inventifs et plus obéissants ». Les enseignants concepteurs deviennent
alors de simples exécutant.es. Pourtant, le « plan français » pour les constellations insiste sur le fait que les professeurs sont « pleinement acteurs de leur formation » …

La co- construction des séances entre pairs pourrait apparaître comme une idée intéressante dans les « constellations ». Mais là encore, derrière cette supposée co- construction se cache un objectif beaucoup moins louable. En effet, Frédéric Grimaud, chercheur dans l’équipe ERGAPE, va encore plus loin pour expliquer la prolétarisation du métier d’enseignant.es. Dans son article sur le blog de Mediapart de 2021, il affirme que cette organisation du travail renvoie au « toyotisme ». « Alors que Ford propose de séquencer la tâche du travailleur et de la guider de près, Toyota mise sur la participation du salarié à l’amélioration du système de production. Tous les deux partent du même postulat taylorien : le travailleur ne sait pas comment exécuter sa tâche. Mais dans un cas, on lui impose un rythme et des techniques, dans le second on le laisse faire ses propres améliorations. » Cette façon de faire s’appelle,
chez Toyota, le « Kaisen » : on donne l’illusion aux enseignant.es, poursuit- il, d’avoir la main sur leur travail alors qu’iels sont contraint.es par les « guides de bonnes pratiques » (dont les formateurs.tices en sont les VRP), contraints par des guides scientifiquement validés par le ministère, en se centrant uniquement sur le français et les mathématiques.

Pour le SNUipp-FSU les formations en constellation doivent uniquement reposer sur du volontariat. Plus généralement, le contenu des formations doit être défini sur les demandes des personnels et non sur les « bonnes méthodes » et « bonnes pratiques » déterminées par le ministère. Une véritable formation continue ne sera rendue possible que par une création massive de postes de remplaçant·es et de postes de formateur·ices et passera donc par #unplandurgencepourlecole.


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